Comment prendre une bonne décision ?

Nous prenons tout le temps des décisions, parfois certaines d’entre-elles, habituelles, passent inaperçues : quel beurre choisir quand je fais mes courses, quel repas cuisiner, je m’habille en rose ou en vert ? D’autres décisions sont plus conséquentes dans nos vies et engagent l’avenir : se marier, adopter un enfant, divorcer… Entre ces petites décisions du quotidien et ces immenses décisions se tiennent les décisions qui impliquent un changement d’horizon : déménager, changer de travail, reprendre des études, continuer le télétravail … Ces questions font partie de ces décisions difficiles à prendre qui vont avoir des conséquences sur notre vie à terme moyen. Aujourd’hui, ces questions sont partout : dans les conversation des parents, dans les médias, entre voisins de palier. Tout le monde a un avis sur la question, personne ne partage le même avis. 
Alors, comment prendre une décision qui est bonne pour soi et ses proches ? 
Etape 1. Avant de décider, il faut connaitre les éléments et les circonstances qui vont nous permettre de choisir. 
Pour bien choisir, il faut partir des réalités concrètes. Ce que disent les médias n’est pas forcément le reflet de la réalité à laquelle vous êtes confronté(e) personnellement. 
Par exemple, dans le cas de la question du télétravail ou du retour au travail dans l’entreprise, il faut avoir en tête les éléments provenant : 

  • de l’entreprise : qu’est-ce que mon entreprise met en place pour protéger ses salariés ? Est-ce que le trajet pour aller travailler est « sécure » (ou est-ce que je dois faire une heure de TER, métro et bus où il sera plus difficile de se protéger qu’en marchant à 10 minutes à pied de chez moi) ?
  • de ma situation propre
  • de la situation des personnes qui partagent ma vie : est-ce que je sens que je suis en train de « péter les plombs » à rester enfermé dans mon studio ? Ou est-ce qu’au contraire je me sens plus efficace au travail car je peux faire des pauses en jardinant mon coin de verdure ? Est-ce que j’ai un système immunitaire affaibli ou est-ce que je suis dans la force de l’âge ? Etc…

Etape 2. Une fois les éléments réunis, je raisonne.
Une décision importante doit s’appuyer à la fois sur sa raison, mais aussi ses émotions. Regardons en premier comment s’appuyer sur sa raison. 
Il y a certains cas où la décision peut être claire car il y a une bonne et une mauvaise décision qui se dessinent clairement (par exemple,  je travaille en libéral et aucun patient ne veut revenir au cabinet, ils préfèrent continuer les télé-consultations). Cependant, même dans le cas où la décision est flagrante, il faut que je fasse fonctionner ma raison : comment puis-je poursuivre le télé-travail en conciliant ma vie de famille ? pour maintenir ma santé mentale ? Etc. 
Dans la plupart des décisions, le choix n’est pas entre une bonne et une mauvaise décision, maisentre deux décisions qui sont potentiellement bonnes.Il faut donc choisir quelle est la meilleure solution pour moi ici et maintenant.
Dans le cas où les deux décisions sont potentiellement bonnes, je regarde ces deux décisions et je raisonne. 
Par rapport au retour au travail, il y a grosso modo deux choix qui se dessinent : 

  • Choix 1 : rester en télétravail
  • Choix 2 : retourner travailler dans mon entreprise

Je regarde ces deux choix et je me pose la question : « Y’a-t-il une décision qui me parait meilleure que l’autre ? » Je fais une liste avec deux colonnes : les points négatifs et les points positifs pour chaque choix. Je regarde ensuite ces deux colonnes. Une solution évidente peut apparaitre : « pour moi, un des choix me parait meilleur que l’autre ». Avant de conclure en hâte que nous avons pris notre décision, il est cependant essentiel de faire valider ce choix par mes émotions et mon coeur. Ainsi, ce choix va devenir une vraie décision.
Etape 3. Qu’en pense mon coeur ? Qu’est-ce que je ressens comme émotions dans mon corps ?

Si, par la raison, je me sens porté(e) vers l’un des choix, je l’intègre complètement comme si le choix est complètement fait. Je prends le temps (une heure, une demi-journée ou plus si possible) d’agir comme si ce choix était complètement intégré à mon quotidien. Je me pose la question : « quand je m’imagine dans tel scénario, comment est-ce que je me sens ? Est-ce que je suis en paix et dans la joie ou est-ce que je suis inquiet(e), mal à l’aise, troublé(e) ? » Il est en effet important pour prendre une vraie décision qu’il y ait une cohérence entre notre raison et nos émotions. 

  • Si je me sens en paix et dans une certaine joie, cela confirme que le choix que ma raison a fait est le bon choix. Cela devient une décision prise à la fois par ma raison et par mon coeur. 
  • Si au contraire, je me sens agité(e), je suis mal à l’aise, troublé(e), cela veut dire que la décision prise n’est peut-être pas la bonne.

Etape 4 : Que faire si je me sens angoissé(e) ou troublé(e) par le choix fait par ma raison ?
Dans ce cas-là, il est important d’identifier la raison de mon trouble. 
1. Est-ce parce que je sens au fond de moi que ce choix serait très difficile à vivre pour moi (ou pour mes proches, notamment mes enfants si je suis parent) ? Si c’est le cas, il est important de regarder à nouveau les choix qui sont offerts à moi, de recommencer tout le processus et de voir si avec une autre des solutions, mes émotions sont plus apaisées. 
Par exemple, je décide d’engager une nounou pour aller chercher mes enfants à l’école à 16h30 (au lieu d’y aller moi-même) car je ressens une vraie pression de mon employeur qui aimerait que je travaille plus. Mais quand je me projette dans cette solution, je me sens angoissé(e), j’ai le plexus qui est serré, j’ai envie de pleurer, j’ai l’impression de ne pas faire le meilleur pour mes enfants, mais d’être au prise à des problématiques financières et de travail qui ne concernent pas directement mes enfants. Je suis comme tiraillé(e) à l’intérieur de moi. 
Dans ce cas-là, il faut alorsà nouveau réfléchir aux éléments positifs et négatifs de chaque choix. Par exemple, si je crains d’être en difficulté financière en continuant d’aller chercher mes enfants à l’école alors que mon coeur ne souhaite pas arrêter, je prends le temps d’explorer très concrètement ces craintes. Vais-je toucher le chômage ou une aide ? Si oui, de quel montant ? Où en sommes-nous dans nos finances ? A-t-on un peu d’argent de côté prévu pour nos prochaines vacances (qui vont finalement sans doute être plus simples que prévu) ? Puis-je utiliser cet argent pour les prochaines mois afin d’avoir un quotidien plus serein ? 
C’est le moment de mettre de l’ordre dans mes choix : qu’est-ce qui est vraiment important pour moi ?Qu’est-ce qui prime pour moi ? Je ne me pose pas la question dans le passé, ni dans l’avenir, mais là, aujourd’hui, maintenant, pour moi ?
Ensuite, je refais toutes les étapes pour prendre une décision. Est-ce que je me sens mieux dans mon corps et dans mes émotions avec ce nouveau choix ? Si en revanche, quel que soit le choix que fasse, je me sens troublé(e), que puis-je faire ? 
2. Est-ce que je me sens extrêmement angoissé(e) quel que soit le choix entrevu et que cette angoisse me paralyse et m’empêche d’utiliser ma raison ?Si vos émotions vous débordent, vous pouvez commencer par faire un exercice pour apaiser votre corps (la respiration anti-paniquela cohérence cardiaquel’exercice des merveilles intérieures ou la pause respiration). Ensuite, si je me sens capable de raisonner, alors je retourne à l’étape 1. Si je ne me sens toujours pas en capacité de réfléchir, je demande de l’aide à quelqu’un qui est en capacité de réfléchir et qui ne soit pas dans les mêmes troubles émotionnels
Je fais tout mon travail de raisonnement et je partage aussi mes émotions devant un autre afin qu’il puisse sentir et m’accompagner à prendre ma décision.  Je peux m’en référer à un autre : quand j’en parle à l’autre, l’autre va me révéler ce que je vis et va jouer un rôle de miroir. Cela me permet de voir ce qui est juste, moins juste, ou faux. L’ autre peut être : 

  • Un psy bienveillant et neutre
  • Un ou une amie qui est à l’écoute et saura distinguer ses propres choix des vôtres. Si vous avez parfois un sentiment d’infériorité quand vous êtes avec cette personne ou que la relation n’est pas équilibrée, ce n’est pas le bon interlocuteur !
  • Mon manager si je suis dans une relation de confiance et que j’ai expérimenté la bienveillance réelle de cette personne. Si vous avez l’impression d’être dans une relation non équilibrée, avec parfois une prise de pouvoir de la part de votre manager, ce n’est pas le bon interlocuteur !
  • La maitresse, le maitre, le directeur ou la directrice de l’école de mes enfants si je suis dans une relation de confiance et que j’ai expérimenté la bienveillance réelle de cette personne. Si vous avez l’impression d’être dans une relation non équilibrée, avec parfois une prise de pouvoir de la part de l’école, ce n’est pas le bon interlocuteur !

Une fois que vous avez été écouté et avez pu échanger avec ce tiers de confiance, repassez toutes les étapes (vous pouvez le faire en même temps que vous échangez avec cette personne de confiance). Vous êtes sans doute maintenant davantage capable de faire un choix qui soit cohérent pour vous. 
Il n’y a pas de choix parfait. 

La perfection n’est pas de ce monde. Elle n’est pas non plus dans nos décisions. Prendre une décision qui est bonne avant d’expérimenter notre choix. Si le réel sur lequel je suis appuyé(e) pour prendre ma décision change et n’est pas le même, les circonstances changent et de nouveaux éléments s’ajoutent au tableau. Nous pouvons reprendre alors une décision en repassant par toutes les étapes. N’oublions pas d’impliquer nos enfants ou les personnes qui partagent notre foyer dans la première étape de notre décision. Qu’en pensent-ils ? Comment réagissent-ils ? 
Et adaptons-nous pour faire au mieux avec les éléments que nous avons dans l’ici et maintenant ! Nous sommes dans dans un incertitude, il faut en tirer le meilleur !


Juliette Lachenal est psychologue diplômée de l’Ecole des Psychologues Praticiens. Elle a lancé son cabinet en libéral en 2011 à Londres puis a fondé un réseau pluridisciplinaire autour de la maman et du bébé www.baby&me-london.co.uk. Quelques années plus tard, pour répondre aux besoins de francophones isolés dans le monde et en France, elle ouvre son cabinet en ligne. C’est dans l’esprit de proposer à tous des outils pour découvrir le meilleur de soi-même que Juliette fonde Mon Coaching Peppsy en 2019.