L'inceste, comment le reconnaître, le prévenir et s'en sortir ?

Julie Bechetoille, étudiante en psychologie nous explique comment reconnaître l’inceste et également comment le prévenir et comment s’en sortir. 

Qu’est ce que l’inceste ?

Ce sont des relations sexuelles entre personnes de la même famille, à un degré où le mariage est interdit. C’est à dire entre un parent ou un beau-parent et son enfant, entre des frères et sœurs (et demi-frères et sœurs), entre un oncle ou une tante et son neveu ou sa nièce, ou encore entre un beau-parent et son gendre ou sa belle-fille. 

La France ne condamne pas les relations sexuelles librement consenties entre personnes ayant atteint l’âge de la majorité sexuelle et considèrent le lien de famille comme simple circonstance aggravante des infractions sexuelles.


Mais quel est l’âge de la majorité sexuelle ? Le concept de majorité sexuelle est en lui-même confus dans le sens où, on peut être mature pour avoir des rapports sexuels consentis avec un adolescent du même âge bien plus tôt que d’être capable de dire non à un adulte (ou ado plus âgé). D’un individu à un autre en fonction de son histoire, de son propre rapport à son propre corps, l’âge de maturité sexuelle va être différent.  Bien qu’il n’en soit pas tenu compte au niveau de la législation, consentir avec quelqu’un de son âge est différent de consentir avec quelqu’un avec qu’il y a une différence d’âge conséquente.


Qu’est-ce que le consentement ? 
C’est la volonté d’engager sa personne. Cette volonté peut être expresse ou tacite, mais il faut qu’elle ne soit pas équivoque c’est-à-dire qu’il faut qu’elle soit claire, explicite.


Le consentement est-il possible dans l’inceste ? En principe oui, dans les situations entre adultes consentants, et ayant débuté à l’âge adulte. Cependant, lorsqu’il y a une relation de dépendance d’ordre affective ou financière par exemple (dans la majeure partie des cas) le consentement apparent peut être biaisé. Il s’agit de l’emprise. En effet, on peut avoir été consentant pour certaines choses et qu’après la situation ait dégénérée. Le plus difficile est quand il y a eu une petite part de consentement. La victime peut avoir tendance à penser qu’elle est coupable, qu’elle a consenti à tout. Or on verra plus bas que c’est faux

Comment le reconnaît-on ? Quels sont les signes ? 

Ils sont graves, multiples et souvent la victime ne fait pas le lien entre ses symptômes et son passé. Ils sont de différentes natures: 

  • Symptômes de la mémoire traumatique. Ce sont des souvenirs qui n’ont pas été archivé, ils sont vécus non pas comme des souvenirs mais comme des menaces encore actuelles. Une situation similaire à la situation traumatique, va déclencher du stress. Le cerveau va essayer de ne pas se souvenir. 

  • Cette mémoire traumatique peut se manifester par une amnésie, une anesthésie, une sensation que ce n’est pas arrivé pour de vrai ou au contraire par  des intrusions (souvenirs, cauchemars, flashs, illusions traumatiques). Dans ce cas, il y a une tentative de mise à l’écart des émotions. Ces dernières peuvent soudainement déborder. En effet, les situations d’inceste suscitent des émotions extrêmement intenses (peur, terreur, anxiété, tristesse, dépression, solitude, abandon, impuissance, colère, dégoût, désespoir…). Le plus dur est qu’elles sont souvent intriquées entre elles. Cela nuit ainsi à l’équilibre psychologique et émotionnel de la personne à l’âge adulte. 

  • Il peut aussi y avoir des symptômes connexes comme les addictions de tout ordre: addictions par comportements (à risques sexuels ou non, TCA, lavages, travail compulsif, jeu pathologique, co-dépendance affective…) ou à des substances (tabac, alcool, drogues, médicaments, sucre…)

  • On retrouve aussi des symptômes corporels (des maux de tête, douleurs abdominale) avec une augmentation du risque de pathologies associés.

  • Enfin, il ne s’agit pas de n’importe quel traumatisme: c’est d’un traumatisme relationnel. L’agression vient de l’intérieur, de la famille, de la maison. Cette trahison d’attachement peut enfin générer des symptômes dans les relations amoureuses, de confiance en soi et en les autres à l’âge adulte, sur l’image de soi, auto-agressivité, sentiment de culpabilité… En effet, il y a un paradoxe très fort : recevoir un danger, une menace très traumatisante, de la part de la personne qui devrait nous protéger, représenter un havre de réconfort et de paix. Cela perturbe profondément le système nerveux.

La victime n’est jamais responsable

La victime croit malheureusement souvent qu’elle est responsable, et ce que l’agresseur peut tenter de lui faire croire, implicitement ou explicitement. Parfois, c’est aussi ce que ses proches, le reste de la famille lui reproche, lorsque les faits sont dévoilés. Il s’agit d’une manière de ne pas reconnaître leur propre responsabilité de « n’avoir rien vu ». 


En aucun cas une victime d’inceste n’est responsable, même lorsqu’elle pense avoir consenti ou avoir « encouragé » les faits. Il s’agit parfois d’une stratégie de survie qui est la moins mauvaise possible dans un environnement où le consentement n’est en réalité pas possible.

Comment peut-on agir pour le prévenir ? pour en sortir ? et pour protéger ses proches ? 

Comment protéger ses enfants ou les enfants autour de soi ?

  • Par une éducation affective et sexuelle réalisée avec tact dans le respect du rythme de développement de l’enfant. 
  • Par une formation et une information des professionnels sur l’inceste et ses conséquences à court, moyen et long terme, et sur les services d’aide aux victimes existants. 
  • Dès la grossesse, en traitant l’enfant avec considération et respect : un enfant agressé réagira d’autant plus fort s’il n’a pas l’habitude d’être mal traité par ailleurs, et saura plus facilement en parler s’il a l’habitude que ses émotions soient importantes et prises en compte. 

Si j’ai été victime ou suis victime, que puis-je faire ? 

  • En parler ! Mais pas à n’importe qui : se respecter, en parler à une personne qui respectera votre blessure et le caractère sensible de ce passé douloureux, qui ne vous jugera pas. Si besoin : se tourner vers les associations d’aide ou d’entraide aux victimes comme face à l’inceste.
  • Vous renseigner au niveau juridique, notamment afin de vous protéger et de protéger d’éventuelles autres victimes au 116006 
  • Recevoir une aide psychologique : oui c’est possible, de nombreuses thérapies spécialisées existent aujourd’hui pour traiter le trauma. Consulter dès maintenant un psy PepPsy.

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