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Replay wébinaire · Harcèlement · 7 min de lecture · 11 septembre 2026

Former ses managers au harcèlement : obligation de conformité ou vrai levier de protection ?

Affichage à jour, référent désigné, module e-learning suivi par 100 % des managers, procédure de signalement écrite. Sur le papier, tout est en place. Et pourtant, quand nous arrivons dans une entreprise, les situations ne remontent pas, ou remontent trop tard. Le 10 septembre, avec Juliette Lachenal, nous avons consacré un wébinaire à cette question : pourquoi les dispositifs changent si peu de choses, sur quoi la prévention doit vraiment agir, et comment savoir si elle fonctionne. Voici l'essentiel.

HK
Hugo Kerros Psychologue du travail, PepPsy
Une collaboratrice parle à son manager dans un bureau à la porte ouverte ; sur la table, un plateau de jeu de l'oie ; au mur, un affichage réglementaire oublié
Replay du wébinaire : former ses managers au harcèlement
▶ Replay du wébinaire du 10 septembre 2026 · 34 min
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1 sur 3
salariés estiment avoir été victimes de harcèlement moral au cours de leur carrière
70 %
des victimes de harcèlement sexuel ne le signalent pas
45 à 103 Md€
coût annuel des risques psychosociaux en Europe, dont la France est le premier contributeur

Harcèlement sexuel : Fondation des Femmes. Coût des RPS : estimations européennes (EU-OSHA, Matrix), coûts directs et indirects.

Ces chiffres ont une particularité : ils bougent peu. Depuis dix ans, les entreprises ont pourtant multiplié les dispositifs. Le mot « harcèlement » est devenu un mot-valise dans lequel se range beaucoup de souffrance au travail, et définir ce qui relève ou non d'une situation de harcèlement reste complexe. Mais le vrai problème est ailleurs : la plupart des organisations sont conformes, et la conformité, à elle seule, ne protège personne.

Conformes, et pourtant rien ne bouge

Faites le tour de ce qui existe dans votre entreprise. Il y a de fortes chances que vous cochiez toutes les cases : l'affichage obligatoire avec le texte de loi et les coordonnées des référents, la mention dans le règlement intérieur, un référent harcèlement côté CSE et souvent un second côté direction ou RH, un module e-learning de trente minutes rendu obligatoire pour les managers, une note de service sur la tolérance zéro, une procédure de signalement.

Vous êtes en règle. Pourtant, quand nous creusons avec les collaborateurs, nous constatons trois choses. Les référents ne sont pas si bien identifiés qu'on le croit, ou bien leur position dans l'entreprise fait qu'on n'a pas envie de leur parler. La procédure n'est connue que de ceux qui en ont déjà eu besoin : ils l'ont découverte le jour où il fallait la saisir. Et les managers, eux, ne savent pas quoi faire quand un collaborateur ferme la porte de leur bureau et se met à pleurer.

Trois raisons expliquent que ces dispositifs, pourtant bien intentionnés, produisent si peu d'effet.

Résultat, faute d'être formés, les managers réagissent avec ce qu'ils ont : des mots maladroits, un « ça va passer », un « il est comme ça avec tout le monde ». Ce n'est pas de la malveillance. C'est un réflexe humain, et c'est précisément ce réflexe que la formation doit remplacer.

Une alerte arrive dans votre bureau : les réflexes qui protègent

C'est la scène que nous travaillons le plus en formation, parce que tout se joue là. Un collaborateur vient vous voir, ferme la porte, et raconte. Ce que vous faites dans les heures qui suivent protège la personne, protège l'entreprise, et vous protège aussi.

Les réflexes naturels, à désapprendre
  • Aller questionner l'entourage pour « vérifier » avant de porter l'alerte
  • Promettre une confidentialité absolue que vous ne pourrez pas tenir
  • Dramatiser, ou à l'inverse minimiser : « c'est son caractère », « c'est la culture du métier »
  • Dissuader d'aller plus loin, même par maladresse
  • Temporiser en espérant que la situation se tasse d'elle-même
Ce qui protège vraiment
  • Signaler immédiatement, par le canal identifié : telle personne, tel jour, telle situation
  • Tracer les faits, les dates, les comportements et les témoins de faits, pas les confidents
  • Ne pas qualifier : ce n'est pas votre rôle, c'est celui de la commission d'enquête
  • Reconnaître la souffrance exprimée, sans valider une qualification
  • Protéger la personne de toute mesure de rétorsion, et lui dire ce qui va se passer

Une question revient à chaque fois : « Si on ne peut pas qualifier, on dit quoi ? » On parle de souffrance relationnelle. « Une personne vient de me rapporter une souffrance relationnelle avec telle autre personne, voici les faits. » C'est concret, c'est juste, et cela permet au manager de porter l'alerte aux RH sans se substituer à la procédure. Ce vocabulaire, on ne l'improvise pas le jour J : on l'a répété avant.

Le harcèlement n'est pas l'affaire d'un individu, c'est un terrain

C'est le point qui surprend le plus les managers que nous formons. Oui, il y a une personne qui harcèle. Mais autour d'elle, il y a un collectif qui laisse faire, rarement par maltraitance, presque toujours parce que personne ne sait comment agir. Le harcèlement fait partie des risques psychosociaux, et il pousse sur le même terrain qu'eux : une culture, des choses permises, des silences.

C'est pour cela que la matinée de notre formation commence par la Fresque de la Performance Sociale PepPsy©. Elle permet de comprendre l'arborescence causes-conséquences des RPS, de repérer les signaux faibles chez les collaborateurs, et de remettre le harcèlement dans son contexte. On ne forme pas des managers à détecter un coupable : on construit une culture commune de vigilance partagée, où chacun se sent coresponsable.

Le mécanisme à comprendre, c'est celui de l'escalade. Trop souvent, la prévention intervient au stade curatif, quand le harcèlement est caractérisé et qu'il faut monter un dossier. Or tout commence bien avant.

  1. La blague qui passeLa remarque qu'on laisse filer parce qu'on n'a pas le temps, parce que ce n'est « pas important ». Par ce silence, le manager ou le collègue la valide.
  2. Le sexisme ordinaire installéLes micro-comportements validés deviennent une norme d'équipe. Plus personne ne les remarque.
  3. La dérive managériale tolérée« Humainement ce n'est pas ça, mais il fait ses chiffres. » L'organisation accepte, donc autorise.
  4. Le harcèlement caractériséLe dossier, l'enquête, parfois le courrier d'avocat. Le stade où l'on découvre le référent et la procédure.

Chaque non-intervention, chaque micro-acceptation est une validation. C'est pourquoi on forme les managers à ne laisser passer aucun micro-comportement, dès l'étape 1.

Des managers qui n'osent plus rien dire

Plus on parle de harcèlement, plus un effet pervers s'installe : la peur de l'accusation. « On n'a plus le droit de rien dire. Si je demande quelque chose à mon collaborateur et qu'il ne le fait pas, il va aller voir les élus et on dira que je le harcèle. » Nous entendons cette phrase dans presque toutes les sessions. Des managers nous racontent qu'ils recadrent porte ouverte, ou avec un témoin.

L'après-midi de la formation est consacré à ce sujet : distinguer le management exigeant, qui pose et porte le cadre de l'entreprise, des comportements inappropriés, où l'on sort du respect mutuel et où l'on glisse vers le harcèlement moral. Pour y arriver, nous nous appuyons sur le Jeu de l'oie du manager assertif PepPsy©, avec des scénarios écrits avec vous lors des réunions de cadrage, à partir de votre réalité professionnelle.

Le jeu permet un pas de côté : on ne parle pas de sa situation, on parle d'un scénario fictif, et l'on cherche ensemble la bonne pratique. Chaque case correspond à une thématique, enjeux interpersonnels ou cadre du travail, et les cases jaunes sont réservées aux partages d'expérience, aux situations qui se sont bien terminées. Le débrief collectif fixe la bonne pratique, celle qui vaut dans votre organisation, parce que le psychologue qui anime connaît vos dispositifs et peut les porter devant le groupe. Il y a beaucoup de rires, beaucoup d'échanges, et à la sortie des managers qui ont compris que recadrer est bien leur rôle, que c'est légitime, et que l'entreprise les soutient dans ce rôle.

Comment savoir si votre prévention fonctionne

Quand nous démarrons avec un client, on nous partage souvent les mêmes indicateurs : nombre de personnes formées, taux de complétion de l'e-learning, affichage à jour, référent désigné. Et cette phrase : « On n'a aucun signalement, donc globalement ça va. »

⚠️ L'indicateur trompeur

L'absence de signalement ne mesure pas l'absence de problème. Elle mesure un niveau de silence. Trop peu de personnes osent parler d'agissements sexistes, de discrimination, de harcèlement moral ou même d'une simple souffrance au travail. Le silence est un indicateur de risque, pas un indicateur de bonne santé.

La bonne question n'est pas « combien de signalements », mais « à quel moment ». Un signalement qui arrive après six mois ou un an de harcèlement avéré n'a rien à voir avec un signalement qui remonte au début d'une situation diffuse, quand elle est encore simple à gérer. Voici les indicateurs qui comptent, et ils sont contre-intuitifs.

📖 Ce que nous disent les RH de nos clients

« On a beaucoup plus d'appels, mais beaucoup plus tôt, et pour des situations beaucoup moins graves qu'avant. Je ne reçois plus de courrier d'avocat. » Plus de remontées, moins de conséquences pour l'entreprise : c'est exactement le signe que la prévention fonctionne. Certains hésitent à former par peur d'ouvrir la boîte de Pandore. C'est au contraire une bonne nouvelle : ce qui remonte remonte plus tôt.

Une journée pour comprendre et agir avec assurance

On nous demande parfois une demi-journée « harcèlement » pour des managers. Nous disons non. Apprendre à échanger avec une personne en souffrance, à porter une alerte proprement, à recadrer sans crainte, cela demande du temps et de la pratique. Notre formation Harcèlement & VSS : comprendre pour agir avec assurance tient sur une journée complète, en intra-entreprise, pour 6 à 10 managers ou RH.

✅ Le message essentiel

La conformité protège votre dossier. La formation protège vos équipes. Un manager formé signale plus tôt, par le bon canal, et recadre sans crainte. Et si vos signalements augmentent dans les six mois qui suivent, ce n'est pas un échec : c'est la première preuve que la parole circule enfin.

Prochaine étape, dans deux semaines : un second wébinaire sur la façon d'engager tout le collectif, et pas seulement les managers, pour briser la loi du silence. Retrouver tous nos wébinaires →

Sources et références : wébinaire PepPsy du 10 septembre 2026, Juliette Lachenal (psychologue clinicienne) et Hugo Kerros (psychologue du travail) · Fondation des Femmes (signalement du harcèlement sexuel) · EU-OSHA et Matrix, coût des risques psychosociaux en Europe · Code du travail, art. L1152-1, L1153-1 et L4121-1.

Passez de la conformité à la protection réelle
de vos équipes

Formation Harcèlement & VSS pour managers et RH : une journée en intra, animée par un psychologue du travail, à partir de vos situations réelles. 6 à 10 participants, partout en France, éligible OPCO.

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