Blog / Prévention RPS
Pratique RH · 6 min de lecture · 5 juin 2026

L'entretien RPS : les 5 questions du diagnostic centré travail (et les erreurs qui le sabotent)

Un entretien RPS n'est pas une séance de soutien psychologique. C'est un acte de prévention — centré sur le travail, pas sur la personne. Et pourtant, la plupart des RRH que je rencontre font exactement l'inverse. Voici comment corriger ça.

Juliette Lachenal
Juliette Lachenal Psychologue clinicienne & CEO de PepPsy

Il y a quelques semaines, une RRH m'appelait, dépitée : "J'ai mené l'entretien, le salarié a tout déballé, et maintenant je ne sais plus quoi en faire. Et lui non plus." Ce n'est pas un cas isolé. L'entretien RPS, mal conduit, peut faire plus de mal que de bien — il crée une attente sans réponse.

La règle d'or, que je répète dans toutes mes formations : un entretien RPS sans plan d'actions qui suit ne sert à rien — et peut être contre-productif. Le salarié a parlé. Rien n'a changé. C'est pire qu'avant.

Alors comment mener un entretien RPS qui soit réellement utile ? Voici la méthode que j'enseigne, tirée des recommandations de l'ANACT.

Alerte vs diagnostic : deux entretiens à ne pas confondre

Avant tout, il faut distinguer deux situations très différentes :

L'entretien d'alerte est déclenché par un signalement, une crise, une situation urgente. Son objectif premier est de protéger : évaluer le risque, sécuriser le salarié, décider des mesures conservatoires. Ce n'est pas le moment du diagnostic approfondi.

L'entretien de diagnostic, lui, s'inscrit dans une logique préventive : il est programmé, structuré, et vise à identifier les facteurs organisationnels qui produisent ou amplifient une situation difficile. C'est de celui-ci dont je parle aujourd'hui.

💡 À retenir

Dans les deux cas, la question centrale du RRH reste la même : « Qu'est-ce qui, dans l'organisation du travail, produit ou amplifie cette situation ? » C'est la boussole de tout entretien RPS bien mené.

Les 5 questions du diagnostic (méthode ANACT)

Ces questions sont simples. Leur efficacité tient dans leur ordre et dans la manière de les poser — centrées sur le travail réel, pas sur la personnalité du salarié.

1
Pour comprendre la situation
"Que se passe-t-il ?"
Recueillir des faits concrets — pas des ressentis généraux. "Je suis épuisé" est un ressenti. "Je prends en charge 3 postes depuis 2 mois" est un fait. Aidez le salarié à passer de l'un à l'autre.
2
Pour identifier le déclencheur
"Depuis quand ?"
La durée révèle la nature du problème. Et la question "qu'est-ce qui a changé à ce moment-là ?" permet souvent d'identifier le facteur déclenchant — une réorganisation, un changement de manager, une fusion d'équipes.
⭐ La question clé
"Qu'est-ce qui a changé dans le travail ?"
C'est LA question centrale. Elle ancre la conversation dans l'organisationnel plutôt que dans l'individuel. Elle ouvre sur les facteurs Gollac : charge, autonomie, relations, sens… et permet d'identifier ce qui est actionnable.
4
Pour mesurer l'impact réel
"Quelles conséquences observez-vous ?"
Impact sur le travail — pas sur la personne. "Je fais des erreurs que je ne faisais pas avant" plutôt que "je suis nul". Cette formulation préserve la dignité du salarié et donne des indicateurs concrets pour le suivi.
5
Pour co-construire la suite
"Quelles solutions envisagez-vous ?"
Responsabiliser sans culpabiliser. Le salarié est expert de son propre travail — ses propositions sont souvent les plus pertinentes. Co-construire les solutions augmente aussi l'adhésion au plan d'actions.

Les erreurs qui sabotent l'entretien

Parler de la personne plutôt que du travail

❌ Ce qu'on entend souvent

"Vous êtes quelqu'un de sensible, il faut que vous appreniez à mieux gérer le stress..."

✅ Ce qu'il faut dire

"Dans votre travail, qu'est-ce qui a changé ces derniers mois et qui rend la situation plus difficile ?"

Rassurer trop vite

La tentation de dire "ça va aller" ou "vous n'êtes pas seul" est naturelle. Mais rassurer avant d'avoir compris, c'est fermer la conversation. Accueillez d'abord. Comprenez. Agissez. Rassurer vient en dernier.

Mener l'entretien sans plan d'actions

C'est l'erreur la plus grave. Un entretien sans suite crée une attente — et une déception. Avant de clôturer l'échange, formalisez à voix haute : qui fait quoi, pour quand, et comment vous allez faire le point. C'est non-négociable.

⚠️ Règle absolue

Un entretien RPS sans plan d'actions écrit est un entretien raté — même si la conversation s'est bien passée. Le salarié a parlé. Rien n'a changé. C'est pire qu'avant.

Cas particulier : le signalement de harcèlement

Si l'entretien révèle une situation de harcèlement possible, la logique change. Vous n'êtes plus dans le diagnostic — vous êtes dans l'alerte. Trois réflexes immédiats :

  1. Accueillir sans juger ni rassurer trop vite — écouter les faits bruts, ne pas qualifier à ce stade.
  2. Ne pas informer le mis en cause immédiatement — c'est une erreur fréquente qui peut compromettre la suite.
  3. Informer le DR sans délai et par écrit — et si le DR est mis en cause, remonter directement au DRH ou au siège. Le RRH ne porte jamais seul une situation de ce type.

La suite — enquête interne, commission, suites disciplinaires — fait l'objet d'une procédure spécifique qui dépasse le cadre de l'entretien diagnostic. Ce qui compte ici : tracer chaque étape dès le premier échange.

La posture du RRH préventeur

Le RRH n'est pas un thérapeute. Il n'est pas non plus un juge. Sa posture est celle d'un chef d'orchestre de la prévention : il structure, coordonne, sécurise. Il s'appuie sur le cadre légal, il implique le DR sans se substituer à lui, et il documente tout.

Trois mots résument cette posture : confidentialité, neutralité, traçabilité. Tout tracer dès le premier entretien. Conserver tous les échanges écrits. Documenter les mesures prises ou décidées.

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