Actual x PepPsy : accompagner les équipes en période de transformation

Introduction et croissance exceptionnelle du Groupe Actual

Juliette LACHENAL : Bonjour à toutes et à tous. On va attendre encore une minute qu’un maximum de personnes puisse se connecter. Muriel, je te laisse dire un petit mot pour être sûre que tout fonctionne bien de ton côté au niveau du son.


Muriel PEDRON : Bonjour à toutes et tous. J’espère que vous nous entendez bien.


Juliette LACHENAL : Bienvenue en ce jeudi matin. Je suis ravie de vous accueillir aujourd'hui avec Muriel, qui va nous parler de la manière dont on accompagne les équipes en période de transformation. Pour ceux et celles que je ne connais pas, je m'appelle Juliette Lachnal, je suis psychologue et j'ai fondé PepPsy. PepPsy est une entreprise qui améliore la performance sociale des entreprises par la prévention en santé mentale. Nous travaillons sur la performance collective en menant des actions de prévention, et nous accompagnons plus de 70 entreprises, dont le Groupe Actual. Le Groupe Actual est le cinquième acteur sur le marché du travail et de l'emploi en France. Cela va bien au-delà de l'intérim, puisqu'ils proposent aussi du recrutement, de la formation et de l'accompagnement. Muriel, je suis ravie d'être avec toi. Est-ce que tu peux te présenter, présenter Actual et nous expliquer cette période de transformation que vous vivez ?


Muriel PEDRON : Bonjour. Alors, je suis Muriel Pédron, je suis dans le groupe depuis huit ans. J’ai plutôt un parcours qualité, santé et sécurité, mais depuis deux ans, j’ai souhaité recentrer mes priorités et mes missions sur les collaborateurs permanents. Actual est une entreprise à très forte croissance. Quand je suis arrivée il y a huit ans, nous étions 600 collaborateurs. Aujourd'hui, nous sommes environ 4 100.


Juliette LACHENAL : Attends, tu dis que vous êtes passés de 600 à 4 100 collaborateurs en seulement huit ans ? C’est une croissance énorme.


Muriel PEDRON : Oui, c'est une très forte croissance. Historiquement, le groupe s'occupait du travail temporaire, ce qui reste le cœur d'activité le plus large. Mais nous avons élargi nos activités au recrutement fixe, à la formation initiale avec des écoles de commerce et d'informatique, et à la formation professionnelle. Nous sommes aussi prestataires pour France Travail pour l'accompagnement de publics éloignés de l'emploi. Nous apportons des solutions RH globales. La particularité, c'est que notre croissance se fait principalement par de la croissance externe et du rachat de groupes. C’est un contexte très évolutif, très rapide, qui intègre des collaborateurs venant de cultures différentes. C’est un beau challenge pour l'entreprise.


Juliette LACHENAL : Donc la transformation ne vient pas seulement de l'intérieur avec des changements de processus, elle vient du fait qu'il y a des rachats et donc des cultures d'entreprise très différentes qu'il faut harmoniser.


Muriel PEDRON : Elle vient aussi de l'interne car on peut capitaliser sur les meilleures pratiques des différentes structures rachetées. On bouleverse aussi les collaborateurs historiques d'Actual parce que les choses changent beaucoup. Pour accompagner ce changement, on a un programme de transformation qui s'appelle "Convergence". C’est un programme sur trois ans et nous arrivons quasiment à la dernière année.

Le programme Convergence : organiser le changement

Juliette LACHENAL : Quel est l'objet de ce programme ?


Muriel PEDRON : C’est de réfléchir aux grands sujets à modifier, à imaginer ou à repenser. On fonctionne en gestion de projet : on prend des collaborateurs de tous les horizons du groupe et on réfléchit à la meilleure solution et aux changements à opérer. Cela peut concerner des processus internes, des outils informatiques, ou la réorganisation des lignes managériales. C'est le programme qui pilote tout le changement nécessaire pour que ce soit simplifiant et opérationnel. Le fil conducteur, quel que soit le projet, c'est de maximiser l'expérience collaborateur pour que le quotidien soit le plus simple possible. La transformation est partout : de la stratégie de marque jusqu'à des choses plus concrètes comme le document d'évaluation des risques. Tout est centralisé dans Convergence.


Juliette LACHENAL: Ce sont donc des groupes de travail sur chaque question qui vont réfléchir ?


Muriel PEDRON : Oui, avec un pilote expert du domaine. Un comité définit le périmètre et on met autour de la table des opérationnels, des managers et des experts techniques pour être au plus proche de la réalité du terrain. Trois ans, ça paraît long mais c'est très court pour une telle tâche. La première année était dédiée à l'état des lieux, la deuxième à la faisabilité et cette troisième année est celle du "rayonnement". On doit être opérationnels en ordre de marche dès janvier prochain pour pouvoir absorber le quotidien plutôt que la transformation.


Juliette LACHENAL : Comment vois-tu l'impact de cette transformation sur les collaborateurs ?


Muriel PEDRON : L'impact est réel car quand on est dans une entreprise depuis des années, on est attaché à la marque, au manager, au dirigeant. Pour beaucoup, changer d'enseigne, c'est un peu changer d'employeur. On peut se retrouver comme un "petit nouveau" dans un grand groupe alors qu'on avait de l'ancienneté. Même si notre président est très attaché au côté humain et ne voit pas cela comme un rachat mais comme un moyen de faire grandir l'entreprise, sur le terrain, c'est parfois complexe. Dans le travail temporaire, chacun a son périmètre géographique et ses clients. Dans une même ville, on peut se retrouver avec plusieurs enseignes rachetées, il faut donc revoir les organisations commerciales. Certains perdent leurs responsabilités historiques pour prendre de nouvelles missions. C'est un vrai bouleversement. En plus, avec neuf conventions collectives différentes au départ, on a dû remettre à plat tous les socles sociaux (rémunérations, avantages, congés). C’est un changement à tous les niveaux qui transforme le rapport au travail et parfois les valeurs. Passer d'une taille intermédiaire à un grand groupe change forcément les façons de fonctionner.

L’accord QVCT et la protection des collaborateurs

Juliette LACHENAL : Comment mettez-vous en place la protection des collaborateurs dans ce contexte ?


Muriel PEDRON : Il était important d'accompagner les collaborateurs au-delà de l'organisation. À l'origine, je m'occupais surtout de la sécurité des intérimaires. Avec la convergence, j'ai vu que les collaborateurs permanents avaient besoin qu'on s'occupe d'eux. J'ai demandé à la direction de créer un service dédié, la Qualité de Vie Professionnelle (QVP), où je suis à 100 % pour les permanents. On a commencé par un dispositif d'écoute confidentiel car il n'est pas toujours facile de s'adresser à son manager. Il y avait des questions sur l'avenir, les agences, les secteurs. Le flou des réorganisations crée une attente que les gens n'aiment pas. Mais ce dispositif n'était pas suffisant.


Juliette LACHENAL : C'est là qu'on s'est rencontrés pour travailler sur une offre sur mesure, car l'accompagnement purement curatif arrivait souvent trop tard.


Muriel PEDRON : Oui, on a trouvé notre rythme de croisière avec PepPsy. On a mis en place un dispositif d'accompagnement psychologique lié au travail et au flou des réorganisations, mais aussi pour les difficultés personnelles. On n'a pas toutes les compétences en interne pour gérer le social, le logement, la santé ou les finances. Depuis janvier, on propose aux collaborateurs de travailler en direct ou via une ligne d'écoute confidentielle. On a aussi mis à disposition l'application PepPsy qui permet d'avoir des ressources et des conseils. Le fait de pouvoir s'évaluer sur l'application est très apprécié car cela aide les gens à comprendre pourquoi ils ne vont pas bien. Je reçois moins d'appels pour des préoccupations mineures, par contre les gens se manifestent plus pour les sujets graves. On est vraiment plus en amont, sur la prévention.


Juliette LACHENAL : Vous avez aussi officialisé cela avec un accord QVCT ?


Muriel PEDRON : Oui, il comporte trois thèmes. Le premier concerne l'équilibre vie pro/vie perso. On a réaffirmé l'importance de la déconnexion. Le collaborateur doit être responsable de sa propre déconnexion et alerter s'il y a une intrusion trop forte, et le manager doit agir en conséquence. C'est un facteur de protection essentiel, surtout en période de transformation où le risque d'hyperconnexion augmente. On a écrit noir sur blanc qu'un collaborateur n'est pas obligé de répondre à un mail envoyé à 20h.


Juliette LACHENAL : Et concernant la parentalité et les aidants ?


Muriel PEDRON : On a mis en place un programme de parentalité avec le financement de places en crèches privées au tarif municipal. On propose aussi de l'accueil d'urgence si une assistante maternelle est malade. On a instauré un entretien de parentalité obligatoire avant et après le congé maternité ou paternité pour préparer le départ et le retour. C’est souvent négligé alors que l'expérience transforme la personne et que l'équipe change aussi pendant son absence. On accompagne aussi les aidants, ceux qui s'occupent d'un proche malade ou âgé, ce qui concerne un salarié sur cinq. On leur accorde des jours de congé supplémentaires rémunérés et on les aide via PepPsy. Si un salarié prend un congé de solidarité familiale non rémunéré, l'entreprise abonde pour limiter l'impact financier. Pour les maladies chroniques, on adapte les horaires et on finance le sport adapté sur prescription médicale.

Accompagnement des seniors et engagement managérial

Juliette LACHENAL : Vous avez aussi des mesures pour les seniors ?


Muriel PEDRON : Oui, on a un système de réduction du temps de travail progressive. L'entreprise continue de payer les cotisations retraite sur la base d'un plein temps (part patronale et salariale) pour ne pas impacter les futurs droits. L'idée est d'amener le collaborateur vers la retraite en douceur. On maintient aussi la part variable du salaire comme s'il était à plein temps. À partir de 10 ou 15 ans d'ancienneté, l'entreprise prend en charge une partie de l'écart de salaire pour que ce soit incitatif. C'est une mesure concrète car les plus de 55 ans ressentent souvent une insécurité face à l'emploi.


Juliette LACHENAL : Votre accord traite aussi des violences conjugales ?


Muriel PEDRON : Oui, avec des priorités de mobilité et la non-divulgation du nouveau lieu de travail. On couple cela avec l'accompagnement social et psy de PepPsy. On a eu un cas récent où il a fallu agir vite pour sortir une personne de son domicile. On a trouvé une autre agence d'accueil et on a laissé de la liberté à la personne. L'accompagnement psy est vital pour sortir de l'emprise. Aujourd'hui, cette personne va plutôt bien.


Juliette LACHENAL : On voit que votre accord est très complet, il prend en compte les problématiques personnelles qui sont des facteurs de risque au travail.


Muriel PEDRON : J'ai voulu être ambitieuse dès le départ. On a construit cet accord avec le président, les managers, les RH et les représentants du personnel. C'était notre premier projet commun de cette ampleur. Cela permet de retenir et d'attirer les talents, et cela donne un côté humain à ce grand groupe. Mais cela ne fonctionne que si c'est incarné par le management. On a lancé "Act for Management", un programme de formation de 8 jours pour tous les managers du groupe pour rappeler nos valeurs et nos principes managériaux. Les collaborateurs sentent qu'ils sont pris en compte et qu'ils ont un espace de dialogue, que le problème soit pro ou perso.


Juliette LACHENAL : Pour conclure, vous avez retenu le terme de QVP (Qualité de Vie Professionnelle) ?


Muriel PEDRON : C’est un terme interne, porté par notre programme "Act for Care". L'idée est vraiment d'être le plus en amont possible pour que le collaborateur trouve ses propres ressources. On travaille sur le collectif et l'individuel. C'est un éternel travail, il faut toujours être vigilant car les risques bougent, mais on a mis les moyens pour que ce soit sous contrôle.


Juliette LACHENAL : Merci Muriel. C'était très inspirant de voir ce chemin parcouru en si peu de temps.


Muriel PEDRON : Merci Juliette. Bonne journée à tout le monde.

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