La santé mentale n'est pas un état figé mais un continuum sur lequel chacun se déplace en permanence. À une extrémité, la santé mentale positive ; au centre, la détresse psychologique réactionnelle, une souffrance souvent temporaire qui joue le rôle de signal d'alarme ; à l'autre extrémité, les troubles psychiatriques comme la dépression ou le trouble anxieux généralisé, qui demandent un diagnostic et un accompagnement par des professionnels de santé. Le rôle du manager n'est pas de diagnostiquer, mais de repérer les changements, d'ouvrir le dialogue et d'orienter.
Article tiré de le contenu « La santé mentale, un continuum à maîtriser pour mieux manager » de Bertille Grasset dans l'application PepPsy, adapté pour les RH et les dirigeants par l'équipe PepPsy.
La santé mentale, une ligne sur laquelle on se déplace
Plutôt qu'un interrupteur, Bertille Grasset propose de se représenter la santé mentale comme une ligne. Chacun s'y déplace en permanence, au fil de sa vie personnelle et professionnelle. Trois grandes zones servent de repères.
| Zone | Ce que c'est | Ce qui aide |
|---|---|---|
| Santé mentale positive | Un équilibre sur trois plans : émotionnel (accueillir ses émotions sans être submergé), psychologique (estime de soi, capacité à rebondir) et social (des relations de qualité, le sentiment de contribuer). | Un travail qui a du sens, du soutien, de la reconnaissance. |
| Détresse psychologique réactionnelle | Une souffrance émotionnelle, souvent temporaire, en réponse à un événement de vie : surcharge, séparation, maladie d'un proche. C'est une réaction normale, un signal d'alarme qui dit un besoin de repos ou de soutien. | Du temps, de l'écoute, des ajustements du travail, parfois un accompagnement psychologique. |
| Troubles psychiatriques | Des troubles plus persistants et en général plus graves, comme la dépression ou le trouble anxieux généralisé. | Un diagnostic et un accompagnement par des professionnels de santé. |
Personne ne reste au même endroit. Ces mouvements sont inévitables et parfaitement normaux, comme pour la santé physique : on peut aller très bien en mars, traverser une période difficile en juin et retrouver son équilibre à la rentrée.
La détresse psychologique n'est jamais un signe de faiblesse. Vue comme un signal, elle devient le meilleur moment pour agir : avant qu'une souffrance passagère ne s'installe et ne devienne un trouble.
La dépression : un trouble, pas un coup de mou
Dans le langage courant, « déprimer » désigne une mauvaise passe. La dépression, elle, se situe à l'autre bout du continuum : c'est une maladie, qui dure et qui demande des soins. Elle n'est ni un manque de volonté ni un défaut de caractère.
Elle est aussi fréquente. En France, Santé publique France estimait qu'en 2021, 12,5 % des adultes de 18 à 85 ans avaient vécu un épisode dépressif caractérisé dans l'année. À l'échelle mondiale, l'Organisation mondiale de la santé chiffre à environ 12 milliards le nombre de journées de travail perdues chaque année à cause de la dépression et de l'anxiété.
Les signes qui doivent alerter au travail
Le manager n'a pas accès à l'humeur intime d'un collaborateur. Il peut en revanche remarquer un changement durable par rapport à sa façon habituelle d'être et de travailler :
- un retrait progressif : moins de participation, moins d'échanges, des pauses prises seul ;
- un ralentissement, des difficultés à se concentrer ou à décider, des tâches habituelles qui prennent plus de temps ;
- une fatigue qui ne passe pas, des absences qui se répètent ;
- une perte d'intérêt pour ce qui motivait la personne ;
- de l'irritabilité, ou des propos dévalorisants sur soi (« je ne sers à rien », « je n'y arrive plus »).
Aucun de ces signes ne permet de conclure à une dépression. Ce qui doit alerter, c'est qu'ils s'installent et durent plusieurs semaines.
Le rôle du manager : comprendre le mouvement, pas diagnostiquer
La mission du manager n'est pas de poser un diagnostic. Elle est de comprendre cette dynamique, et d'en tirer trois gestes simples.
- Ouvrir le dialogue. Dire ce que l'on observe, sans juger ni interpréter, et demander comment la personne va. Accepter qu'elle ne réponde pas tout de suite : l'important est qu'elle sache que la porte est ouverte.
- Orienter. Vers le médecin du travail, le médecin traitant, un psychologue ou une ligne d'écoute psychologique. Orienter n'est pas se débarrasser du problème, c'est confier ce qui relève du soin à des professionnels.
- Adapter le travail. Alléger temporairement, clarifier les priorités, garder le lien pendant un arrêt et préparer le retour. Notre formation sur l'accompagnement des arrêts et des retours donne aux managers une méthode pour ces moments délicats.
En agissant ainsi, le manager déstigmatise le sujet. Il installe un climat de confiance et de sécurité psychologique où demander de l'aide devient une ressource accessible, et non un aveu d'échec.
Prenez toujours ces propos au sérieux et ne restez pas seul avec la situation. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond 24 h/24 et 7 j/7, y compris aux proches et aux collègues inquiets. En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112.
Le rôle de l'entreprise : agir sur ce qui dépend du travail
La dépression a des causes multiples, personnelles et parfois professionnelles. L'entreprise ne soigne pas, mais elle agit sur sa part : la charge, l'autonomie, le soutien, la reconnaissance, la qualité des relations. Ce sont les facteurs de risque psychosociaux que l'employeur doit évaluer dans son document unique et traiter dans un plan d'actions RPS.
Elle peut aussi multiplier les relais : des managers formés, des sentinelles en santé mentale capables de repérer et d'orienter leurs collègues, des ateliers de sensibilisation qui rendent le sujet ordinaire, et un accès simple à un psychologue.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le continuum de la santé mentale ?
C'est une façon de représenter la santé mentale comme une ligne et non comme un état « bien » ou « mal ». On y distingue la santé mentale positive, la détresse psychologique réactionnelle (souvent temporaire) et les troubles psychiatriques comme la dépression. Chacun s'y déplace au cours de sa vie.
Un manager peut-il parler de dépression avec un collaborateur ?
Il peut et doit parler de ce qu'il observe et demander comment va la personne. En revanche, il ne pose pas de diagnostic : nommer une dépression revient au médecin. Son rôle est d'écouter, d'orienter et d'adapter le travail.
La dépression peut-elle être liée au travail ?
Elle a souvent plusieurs causes. Des conditions de travail dégradées (surcharge, manque de soutien, conflits, perte de sens) font partie des facteurs de risque psychosociaux qui peuvent y contribuer, et que l'employeur doit prévenir.
Que faire si un collaborateur parle de suicide ?
Prendre ses propos au sérieux, ne pas le laisser seul, et appeler le 3114, numéro national de prévention du suicide, joignable 24 h/24. En cas de danger immédiat, composer le 15 ou le 112.




