Vibracoustic Nantes (environ 240 personnes) a formé une dizaine de sentinelles, une par service, au moment d'une transformation profonde du site. La formation, construite sur mesure en cinq jours, part de soi (ses propres signaux d'alerte, ce qui protège) avant d'apprendre à repérer, écouter et orienter un collègue en difficulté. Les sentinelles ne remplacent ni la psychologue du travail ni l'infirmière : elles font le lien. Résultat décrit par la RH : beaucoup de sollicitations au démarrage, puis un climat « réellement apaisé ». Lancer le dispositif n'a pas ouvert de boîte de Pandore : les difficultés existaient déjà, elles ont trouvé une réponse.
Un site en pleine transformation, une infirmière qui a besoin de relais
Vibracoustic fabrique des pièces antivibratoires pour l'automobile. Le site de Nantes compte environ 240 personnes. Il y a un an, il s'apprêtait à vivre une transformation profonde : la production allait partir, le site devenir un centre technique et de recherche. Le projet n'était pas encore annoncé, et le climat social, raconte Marie Desnos, « n'était pas terrible ».
L'infirmière du site avait déjà repéré plusieurs situations à risque et ne pouvait pas tout porter seule. L'idée : former des collègues capables de repérer un salarié qui va moins bien, de l'écouter et de l'orienter vers les bonnes personnes. Une des futures sentinelles connaissait PepPsy. Avec Lucie, chez PepPsy, l'équipe RH a construit un programme sur mesure, l'a présenté au comité de direction, qui l'a accepté tout de suite. Entre la première discussion et le démarrage, il s'est passé environ trois semaines.
Choisir les sentinelles : une par service, et des personnes qui ont envie
Une dizaine de sentinelles pour 240 salariés : est-ce assez ? Pour les sentinelles elles-mêmes, la bonne question n'est pas le chiffre mais la vie du réseau. Deux choix ont compté :
- Une sentinelle par environnement de travail, pour qu'il y ait toujours quelqu'un de proche du terrain, dans chaque service.
- Des personnes repérées pour leur potentiel d'écoute : l'infirmière est allée chercher des collègues qu'elle sentait faits pour ce rôle. Le groupe s'est soudé dès la première session.
Le réseau fonctionne aussi par affinités : quand une sentinelle sent qu'elle n'est pas la mieux placée pour aborder quelqu'un, elle passe le relais à une autre sentinelle, ou même à un collègue proche de la personne.
Une formation qui commence par soi
La formation sentinelles a duré cinq jours, animée par Margaux, psychologue PepPsy. Charlène la décrit comme « très progressive » : avant de regarder les autres, chacun travaille sur lui-même.
- Ses propres signaux d'alerte : ce qui montre que je vais moins bien (je dors moins bien, je mange davantage, je suis moins proactif), à l'aide du Jeu des signaux d'alerte PepPsy©.
- Ses facteurs de risque et de protection : ce qui me vole de l'énergie, ce qui me protège, et comment renforcer ces protections.
- Les risques psychosociaux, pour savoir quand une personne peut être en souffrance.
- Des mises en situation : des jeux de rôle et une trame simple pour engager la conversation, écouter, reformuler et orienter.
Agathe utilise encore au quotidien un outil vu en formation, le cercle d'influence : ce que je contrôle, ce sur quoi je peux agir, ce qui ne dépend pas de moi. Il l'aide dans sa vie personnelle comme dans son rôle de sentinelle.
Le format standard de la formation sentinelles PepPsy tient en deux jours, avec une mise à jour annuelle. Vibracoustic a choisi cinq jours sur mesure en raison du contexte de transformation. Pour comparer avec les premiers secours en santé mentale, voir notre page Sentinelles ou premiers secours en santé mentale.
La posture de sentinelle : écouter, orienter, ne pas être sauveur
La principale crainte d'Agathe avant la formation : « absorber les malheurs de tout le monde ». Elle en est sortie avec une conviction : on peut écouter et orienter sans se poser en sauveur. Le rôle de la sentinelle s'arrête là où commence celui des professionnels.
- Aller vers la personne avec naturel. Agathe propose souvent une pause café, un peu à l'écart, et part des changements qu'elle a observés.
- Écouter et reformuler pour être sûre d'avoir compris la difficulté, sans entrer dans un débat ni dans la vie privée de la personne.
- Orienter vers les personnes compétentes : psychologue du travail, infirmière, assistante sociale.
- Accepter un refus. Si la personne ne veut pas aller plus loin, on respecte ce choix : la porte reste ouverte.
- Se protéger. Le rôle ne doit pas devenir une charge. Quand une sentinelle n'a pas l'énergie à un moment, le réseau prend le relais.
Sur le site, les sentinelles ont choisi de ne pas afficher leurs noms : elles vont vers les collègues plutôt que d'attendre d'être sollicitées. En revanche, des affiches reprenant les signaux d'alerte ont été posées dans plusieurs endroits. Presque tout le monde les a vues, et elles ont lancé des discussions : même un collègue qui n'est pas sentinelle peut remarquer qu'un autre ne déjeune plus avec l'équipe.
Ce qui a changé sur le site
Marie Desnos décrit deux temps : de nombreuses sollicitations au démarrage, puis un climat aujourd'hui « réellement apaisé ». Les salariés ont apprécié d'avoir des collègues qui prennent soin d'eux-mêmes pour mieux prendre soin des autres.
La crainte que nous entendons souvent chez les dirigeants (« si je lance un dispositif, j'ouvre la boîte de Pandore ») ne s'est pas vérifiée : « les problématiques étaient déjà là », le réseau leur a apporté une réponse. Le comité de direction et le CSE ont été tenus informés régulièrement, sans aucun nom, avec le nombre de personnes orientées.
Prochaine étape évoquée par Agathe : former les managers. Les deux rôles se complètent. Comme la sentinelle, le manager repère ; mais lui seul peut adapter l'organisation de son équipe, par exemple les horaires d'un collaborateur en difficulté. Notre formation PSM2E est conçue pour cela.
Les trois conseils de Marie Desnos pour se lancer
- Bien identifier les sentinelles en amont, une par service, parmi des personnes qui ont envie et le potentiel pour ce rôle.
- Rester à l'écoute du climat social : le réseau est un outil d'apaisement, il doit répondre à ce qui se passe vraiment sur le site.
- « Y aller les yeux fermés » : de son propre aveu, l'équipe ne le regrette pas.
Le replay complet du webinaire est disponible sur notre page webinaires.
Questions fréquentes
Combien de sentinelles former dans une entreprise ?
Il n'y a pas de ratio unique. À Vibracoustic Nantes, une dizaine de sentinelles pour environ 240 salariés, une par service, a bien fonctionné. L'essentiel est que chaque environnement de travail ait une sentinelle proche du terrain et que le réseau reste vivant.
Une sentinelle remplace-t-elle le psychologue ou l'infirmière ?
Non. La sentinelle repère, écoute et oriente vers les professionnels : psychologue du travail, service de santé au travail, assistante sociale. Elle ne pose pas de diagnostic et ne suit pas la personne.
Faut-il communiquer les noms des sentinelles ?
C'est un choix d'organisation. Vibracoustic a préféré ne pas les afficher et laisser les sentinelles aller vers les collègues, tout en communiquant largement sur l'existence du réseau et sur les signaux d'alerte.
Quelle différence avec les premiers secours en santé mentale ?
Les deux forment des salariés à repérer et orienter. La formation sentinelles PepPsy part davantage du contexte de l'entreprise et des risques psychosociaux, et se construit avec vos équipes. Le comparatif détaillé est sur notre page dédiée.





